L’accès en franchise de droits au marché chinois crée une nouvelle dynamique pour l’industrialisation de l’Afrique et son développement économique à long terme.
La politique chinoise de traitement tarifaire zéro est devenue l’apanage de la coopération sino-africaine. Cette étape importante dans la promotion par la Chine d’une ouverture unilatérale démontre la volonté du pays d’assumer de plus grandes responsabilités internationales tout en réaffirmant son engagement à faire progresser une ouverture de haut niveau.
Avec le lancement du XVe Plan quinquennal (2026-2030), la mise en œuvre accélérée du traitement tarifaire zéro signale la ferme détermination de la Chine à élargir l’ouverture par des mesures concrètes. Alors que la Chine et l’Afrique poursuivent la modernisation et construisent une communauté d’avenir partagé de tout temps à l’ère nouvelle, la politique tarifaire sert à la fois de catalyseur et d’instrument pratique pour stimuler un développement commun.
Une innovation politique
Lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine (FCSA) en septembre 2024, le Président Xi Jinping a annoncé que la Chine étendrait de manière proactive l’accès unilatéral à son marché en accordant la franchise de droits de douane couvrant 100 % des lignes tarifaires à tous les pays les moins avancés (PMA) entretenant des relations diplomatiques avec elle, dont 33 nations africaines. La Chine est ainsi devenue le premier grand pays en développement et l’une des premières grandes économies à mettre en œuvre une mesure d’ouverture unilatérale aussi complète.
Lors de la Réunion ministérielle des coordinateurs sur la mise en œuvre des actions de suivi du FCSA, le Président Xi a indiqué que la Chine était prête à conclure des accords de partenariat économique pour le développement partagé avec ses partenaires africains. Par ces arrangements, la Chine prévoyait d’étendre le traitement tarifaire zéro aux 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle, tout en facilitant davantage les exportations des PMA d’Afrique vers le marché chinois.
Le 14 février, à l’occasion de la tenue du 39e Sommet de l’Union africaine, le Président Xi a annoncé que la politique de traitement tarifaire zéro serait appliquée pour les 53 pays africains ayant établi des relations diplomatiques avec elle dès le 1er mai. En parallèle, la Chine continuera de promouvoir la négociation et la signature d’accords de partenariat économique pour le développement partagé et d’élargir davantage l’accès des produits africains exportés vers la Chine en améliorant notamment le « corridor vert ».
La décision de la Chine d’étendre le traitement tarifaire zéro à tous ses partenaires diplomatiques africains représente une innovation politique majeure. Cela nécessite de concilier le respect des principes de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en particulier l’obligation de la nation la plus favorisée, avec la mise en place d’arrangements commerciaux et d’investissement plus réciproques et durables. Dans ce contexte, la négociation d’accords de partenariat économique pour le développement partagé constitue une garantie institutionnelle essentielle pour assurer la mise en œuvre effective du traitement tarifaire zéro.
Une application rapide
La signature de l’arrangement des récoltes précoces constitue une étape concrète afin de rendre opérationnelle la politique de traitement tarifaire zéro et est pleinement conforme aux dispositions d’autorisation pertinentes des règles de l’OMC. Sous l’impulsion de cette mesure, les importations de la Chine en provenance des PMA d’Afrique ont atteint 67,336 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 6 % sur un an et le niveau le plus élevé en une décennie, démontrant l’effet tangible d’un accès élargi au marché.
La République du Congo a été le premier pays africain à signer un arrangement des récoltes précoces avec la Chine, dans le cadre duquel celle-ci accordera un traitement tarifaire zéro couvrant 100 % des lignes tarifaires aux exportations congolaises. Une fois l’accord conclu, la Chine a officiellement notifié à l’OMC les progrès importants réalisés dans l’avancement des accords de partenariat économique pour le développement partagé, soulignant son engagement en faveur de la transparence et son soutien ferme au système commercial multilatéral, avec l’OMC au centre. Puis, le Kenya a suivi.
Quant aux Seychelles, les deux pays sont parvenus à un consensus sur l’arrangement des récoltes précoces. Le vice-Président des Seychelles, Sébastien Pillay, a déclaré que son pays utiliserait le traitement tarifaire zéro pour devenir une plaque tournante de transbordement pour les marchandises chinoises entrant sur le marché africain.
Pris ensemble, ces développements montrent que la politique du traitement tarifaire zéro a dépassé le stade de déclaration politique pour entrer dans une phase de mise en œuvre accélérée.
De nouvelles opportunités
L’association du vaste marché chinois et du dividende démographique de l’Afrique libère le potentiel manufacturier du continent. Le marché chinois représente non seulement un avantage clé pour son propre développement, mais aussi un levier pour la modernisation de l’Afrique. Grâce à l’effet combiné de l’initiative du traitement tarifaire zéro et de l’amélioration du « corridor vert », l’Afrique peut pleinement exploiter ses atouts démographiques pour accélérer l’essor du « Made in Africa ». Le marché chinois offre une large plateforme aux produits africains, contribuant à stimuler le processus d’industrialisation du continent.
Les structures industrielles complémentaires de la Chine et de l’Afrique, renforcées par le traitement tarifaire zéro, permettent à l’Afrique de progresser dans les chaînes de valeur mondiales. Le traitement tarifaire zéro encourage le transfert des capacités de production compétitives de la Chine vers l’Afrique, contribuant à développer les capacités manufacturières locales et à promouvoir une intégration industrielle plus profonde ainsi qu’une montée en gamme coordonnée. Cette coopération favorise un modèle de développement caractérisé par la technologie chinoise, les ressources africaines et une production localisée, renforçant efficacement la position de l’Afrique dans les chaînes industrielles et d’approvisionnement mondiales.
Le traitement tarifaire zéro crée également de nouvelles opportunités pour l’Afrique afin de mieux exploiter ses ressources minérales critiques. Dans le contexte de la transition mondiale vers les énergies vertes, l’Afrique s’est imposée comme un fournisseur clé de minéraux stratégiques. Toutefois, des capacités de transformation limitées, des chaînes industrielles fragmentées et des lacunes en matière d’infrastructures ont maintenu de nombreux pays africains dans ce que l’on appelle la « malédiction des ressources naturelles », caractérisée par des exportations à faible valeur ajoutée et une transformation industrielle limitée. Le traitement tarifaire zéro devrait ainsi encourager les entreprises chinoises à établir des chaînes d’approvisionnement minérales intégrées en Afrique, tout en développant des parcs industriels intégrés qui renforcent la valeur ajoutée locale et contribuent à transformer les avantages en ressources de l’Afrique en atouts de développement durable.
L’initiative du traitement tarifaire zéro constitue donc un multiplicateur stratégique du potentiel des ressources, du dividende démographique et des opportunités de marché de l’Afrique. Cette politique favorise un véritable avantage mutuel et une croissance partagée, fournissant une base solide pour que la Chine et l’Afrique progressent ensemble vers la modernisation.
MA HANZHI est chercheur assistant à l’Institut d’études sur les pays en développement, Institut chinois des études internationales.