Malgré les obstacles, la Chine et l’Europe cherchent à construire un partenariat équitable grâce à leur base solide de coopération.
En 2025, la Chine et l’Union européenne (UE) ont organisé une série d’événements pour célébrer le 50e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques, témoignant de leur volonté commune de renforcer la compréhension mutuelle et d’approfondir les liens d’amitié.
Au-delà des simples « échanges culturels », le dialogue et l’inspiration mutuelle entre civilisations constituent un véritable système de pratiques. Ce cadre englobe la coopération dans des domaines aussi variés que la politique, l’économie, la science et la technologie et la culture, où chaque civilisation rayonne par ses accomplissements. Ce système repose sur l’égalité, le respect mutuel, la complémentarité des atouts et la coopération gagnant-gagnant. Transcendant les intérêts bilatéraux, il se concentre sur l’avenir commun et le développement durable de l’humanité – un élément clé de l’Initiative pour la civilisation mondiale proposée par le président chinois Xi Jinping en 2023.
L’histoire des échanges entre la Chine et l’Europe est ancienne. Dans son discours au Collège d’Europe à Bruges (Belgique), M. Xi a souligné la nécessité de construire quatre ponts : pour la paix, la croissance, la réforme et le progrès de la civilisation humaine. Au fil des ans, le développement de ce « partenariat civilisationnel » a considérablement renforcé la résilience des relations sino-européennes.
Une base solide
D’abord, la Chine et l’Europe prônent le respect de la diversité culturelle et encouragent les échanges sur un pied d’égalité entre les civilisations. Leurs héritages respectifs se caractérisent par une grande richesse, et le principe d’« unité dans la diversité » propre à l’intégration européenne fait écho au concept traditionnel chinois dit d’« harmonie sans uniformité ».
Ensuite, la Chine et l’Europe partagent un consensus politique et des valeurs communes sur des enjeux majeurs, tels que le maintien de la paix et la promotion du développement commun. Les deux parties défendent le multilatéralisme, s’accordent sur la nécessité de préserver le système commercial multilatéral et s’opposent au protectionnisme commercial. Ce consensus s’étend aussi à la gestion concertée des défis mondiaux.
Enfin, les réalisations de la coopération sino-européenne constituent une base solide pour l’avenir. Les relations bilatérales s’articulent autour de trois piliers majeurs : les dialogues de haut niveau consacrés à la stratégie, à l’économie et au commerce, ainsi qu’aux échanges humains. Comme l’a souligné le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, au cours des cinquante ans écoulés, « l’expérience la plus précieuse est le respect mutuel, la force motrice la plus puissante est le bénéfice partagé, le consensus le plus solide est l’attachement au multilatéralisme et la définition la plus pertinente est le partenariat. »
Des défis à relever
Il est indéniable que certains obstacles entravent l’approfondissement des échanges sino-européens.
Premièrement, les différences de perception idéologique subsistent. Bien que la Chine et l’Europe se retrouvent autour de valeurs universelles telles que la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté, des divergences existent dans l’interprétation et la mise en œuvre de ces principes. Par exemple, si les deux parties prônent le respect de la diversité culturelle, les systèmes politique, économique et social chinois, en tant qu’expressions légitimes de cette diversité, ne sont pas toujours pleinement compris en Europe. Ce décalage constitue un frein majeur au dialogue.
Deuxièmement, le positionnement stratégique de l’UE vis-à-vis de la Chine manque de cohérence. La Chine a toujours défendu le partenariat stratégique global, articulé autour de quatre grands domaines que sont la paix, la croissance, la réforme et la civilisation. Or, depuis 2019, l’UE définit la Chine comme « un partenaire, un concurrent et un rival systémique ». L’accent excessif mis sur la concurrence et la rivalité par certains acteurs européens amplifie les divergences. Cette vision, en s’éloignant d’une analyse objective de la réalité chinoise, risque de compromettre une coopération pragmatique.
Troisièmement, la restructuration des échanges économiques et commerciaux pose de nouveaux défis. Si cette coopération reste le moteur des relations bilatérales et un pilier de la stabilité mondiale, certains discours européens se focalisent outre mesure sur le déficit commercial. Or, le solde des échanges ne reflète pas à lui seul l’essence de leur partenariat. Les disparités d’échelle économique et la complexité des flux mondiaux impliquent que l’équilibre ne se résume pas à une stricte égalité du volume des échanges. La structure économique et commerciale sino-européenne résulte d’un équilibre dynamique. En s’appuyant sur leurs atouts respectifs et sur le principe de bénéfice mutuel, les deux parties peuvent approfondir une coopération équitable.
Un avenir prometteur
L’approfondissement des échanges exige des efforts conjoints. D’abord, il convient de renforcer les interactions à tous les échelons. À l’avenir, les deux parties devront tirer pleinement parti de leurs atouts pour consolider les fondements politiques et le soutien des opinions publiques, indispensables à une coopération multisectorielle.
L’accent doit également être mis sur un dialogue multidimensionnel. La communication est essentielle pour identifier les attentes mutuelles. Il est souhaitable que la partie européenne puisse appréhender objectivement la concurrence dans la coopération, afin de construire avec la Chine un modèle fondé sur les bénéfices partagés.
De plus, il faut relever ensemble les défis mondiaux. En cinquante ans, les relations sino-européennes ont dépassé le cadre bilatéral pour acquérir une portée stratégique et une influence mondiale. Il est nécessaire d’approfondir la confiance mutuelle politique et stratégique dans les affaires internationales, d’élargir les domaines de coopération et de progresser vers la résolution des crises mondiales. Une telle démarche témoignera de la responsabilité, de la capacité d’action et de l’engagement propres aux grandes puissances.
Enfin, un élément crucial ne saurait être négligé : la volonté commune. Les divergences n’ont jamais empêché les deux parties d’obtenir des résultats remarquables. Tant que la Chine et l’UE resteront fidèles aux principes fondamentaux d’égalité et de respect mutuel, elles pourront surmonter les obstacles actuels. Elles assureront ainsi le développement stable et durable du partenariat civilisationnel, apportant des bénéfices tangibles aux populations des deux côtés ainsi qu’à la communauté internationale.
Zhang Jinling est chercheur à l’Institut d’études européennes de l’Académie des sciences sociales de Chine et secrétaire général du Centre d’étude du marxisme et de la civilisation européenne.