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Quand les machines commencent à penser : quelles sont les questions auxquelles seuls les humains peuvent répondre ?
Source : CGTN Français 2026-07-22

Tout au long de l'histoire, chaque révolution technologique a représenté à la fois une extériorisation des capacités humaines et une redéfinition de l'humanité elle-même. L'intelligence artificielle marque toutefois un basculement plus profond. Elle ne se contente plus d'enregistrer le réel : elle commence à l'anticiper. Elle n'interprète plus seulement le monde tel qu'il est, mais organise de plus en plus la hiérarchie des futurs possibles avant même qu'ils ne se réalisent. En ce sens, la prédiction n'est plus seulement une description de ce qui pourrait advenir ; elle devient une force qui façonne activement ce qui va advenir.

La question fondamentale que pose l'intelligence artificielle n'est pas de savoir si les machines peuvent penser comme les humains, mais quel type d'autorité leurs jugements commencent à exercer. Qui confère cette autorité ? Par qui ces pouvoirs sont-ils régulés et contraints ? Et, en définitive, quel avenir cela crée-t-il pour l'humanité ?

Lors de la Conférence mondiale de l'intelligence artificielle 2026 et de la réunion de haut niveau sur la gouvernance mondiale de l'IA, la Chine a présenté sa vision de la gouvernance de l'IA : défendre une approche centrée sur l'humain et veiller à ce que l'IA soit développée pour le bien commun, afin qu'elle devienne un moteur important de prospérité partagée et de sécurité commune, tout en œuvrant conjointement à la construction d'un système de gouvernance mondiale de l'IA juste et équitable. Cette vision ne répond pas seulement à l'écart entre les capacités technologiques, mais aussi à l'écart croissant entre le rythme de l'évolution technologique et celui de la formation d'un consensus en matière de gouvernance. Alors que les avancées technologiques continuent de devancer la formation d'un consensus, le pouvoir pourrait à l'avenir précéder les règles censées l'encadrer. La gouvernance de l'IA ne se limite donc pas à la gestion des risques : elle vise à trouver un équilibre entre l'innovation technologique et un ordre fondé sur des règles.

Une enquête mondiale en ligne menée par CGTN révèle que 85,4 % des personnes interrogées estiment que le développement rapide de l'IA crée de nouveaux défis pour la sécurité et la gouvernance mondiales. 92,6 % se disent préoccupées par le fait que les hypertrucages (deepfakes) et la désinformation générée par l'IA pourraient éroder les fondements mêmes de la confiance sociale, tandis que 87,8 % craignent que les barrières technologiques et les « murs numériques » ne fragmentent la coopération scientifique et technologique mondiale. Ces résultats indiquent que les défis posés par l'IA dépassent depuis longtemps la seule technologie. Renforcer la gouvernance mondiale et forger un consensus international plus large sont devenus des impératifs partagés à l'ère de l'intelligence artificielle.

L'enquête révèle également que 82,6 % des personnes interrogées estiment que les pays en développement et les pays du Sud global devraient jouer un rôle plus important dans l'élaboration des règles de gouvernance de l'IA, afin de garantir un système juste et inclusif. Par ailleurs, 87,5 % souhaitent que la communauté internationale œuvre ensemble à promouvoir une IA accessible et inclusive, afin d'empêcher que la technologie ne devienne un nouveau facteur d'inégalité. Ces résultats reflètent non seulement les attentes partagées de l'opinion publique mondiale en matière de gouvernance de l'IA, mais aussi un consensus international croissant selon lequel l'ouverture et la coopération — et non les monopoles technologiques — ainsi que l'inclusion et le partage des bénéfices — et non les barrières réglementaires — doivent définir l'avenir de la gouvernance de l'IA.

Une civilisation qui ne peut être traduite, résumée et interprétée qu'à travers les modèles d'IA d'autrui n'est pas encore véritablement entrée dans l'ère de l'intelligence. Un système de gouvernance mondiale de l'IA véritablement équitable doit respecter la diversité des voies de développement et des systèmes de valeurs propres à chaque pays et à chaque culture, en garantissant à chaque civilisation le droit de comprendre le monde selon son propre cadre conceptuel, d'entraîner ses propres systèmes intelligents selon ses propres termes, et de façonner en conséquence l'avenir de l'IA. Les valeurs et les modes de pensée propres aux différentes civilisations ne sont pas du « bruit » que les algorithmes devraient éliminer, mais des sources de sagesse irremplaçables dont l'humanité aura besoin pour naviguer dans un avenir incertain.

L'objectif de la gouvernance mondiale de l'IA n'est pas d'établir un unique modèle du monde qui serait « correct », mais de veiller à ce qu'aucune compréhension unique du monde ne devienne dominante. La gouvernance n'est pas l'ennemie de l'innovation ; elle en est la seconde création. La première a lieu dans le laboratoire, où les machines acquièrent des capacités. La seconde s'opère à travers les institutions, les normes éthiques et la coopération internationale, où la technologie se voit dotée d'un but, de limites et d'une responsabilité. L'intelligence sans gouvernance n'est qu'un pouvoir. L'intelligence façonnée par des valeurs partagées, en revanche, est ce qui permet à la technologie de devenir une véritable force au service du bien commun.

À l'ère de l'intelligence artificielle, la gouvernance de l'IA ne se résume pas à la prospérité partagée et à la sécurité commune : elle concerne aussi notre capacité collective à façonner l'avenir. Un ordre véritablement juste en matière d'IA doit faire plus que garantir que les bénéfices du progrès technologique soient partagés par tous. Il doit également garantir que chaque pays et chaque civilisation ait voix au chapitre dans l'établissement des règles et la détermination de l'orientation future de l'IA. L'avenir ne doit pas être une réponse prédéterminée générée par un modèle, mais un brouillon inachevé, écrit collectivement par l'humanité — un texte qui demeure ouvert à la révision de tous. Que les machines aient commencé à penser marque une étape dans l'histoire de la technologie. Que l'humanité puisse assumer cette responsabilité collectivement, tout en préservant sa liberté de choix, voilà ce qui marque le progrès de la civilisation.

 

(L'auteur, Shen Yang, professeur nommé conjointement par l'École de journalisme et de communication et l'École d'intelligence artificielle de l'université Tsinghua.) 

Edité par:Zhao Xin
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