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Charles de Gaulle et l'établissement des relations diplomatiques sino-françaises
Source : La Chine au présent 2014-01-16

Charles de Gaulle (1890-1970), grand homme français du XXe siècle, fut le premier président de la Ve République française et également l'un des instigateurs des relations amicales sino-françaises. Il a été qualifié de « soldat inflexible antifasciste sauvegardant l'indépendance nationale de la France » par le président Mao Zedong.

En août 1963, au lendemain de la signature du Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires par l'Union soviétique, les États-Unis et le Royaume-Uni à Moscou, Charles de Gaulle a convoqué Edgar Faure à l'Élysée pour une discussion sur la Chine. À ce moment-là, ce dernier était en vacances à Davos, en Suisse. Il pensait que les conditions de l'établissement de relations diplomatiques avec la Chine étaient réunies. Il a donc approuvé le programme de Charles de Gaulle concernant la « reconnaissance de la Chine populaire ». Conforté dans son idée, Charles de Gaulle a demandé à M. Faure d'effectuer, en tant que son représentant officiel, des négociations sur l'établissement de relations diplomatiques avec les dirigeants chinois à l'occasion de sa visite en Chine au mois d'octobre. M. Faure a accepté avec enthousiasme cette mission secrète. Pour ce faire, de Gaulle avait fourni à M. Faure, en vue de sa rencontre avec le président chinois, une lettre officielle lui conférant ses pouvoirs de président.

Edgar Faure avait déjà rencontré le président Mao Zedong lors d'une visite en Chine en 1957, c'est pourquoi il avait conseillé à Charles de Gaulle de reconnaître la Chine nouvelle. Du 22 octobre au 2 novembre, M. Faure, accompagné de son épouse, se rendit à Beijing, Shang-hai, ainsi que dans d'autres villes, et fut chaleureusement accueilli par les Chinois. Durant ses dix jours de visite en qualité de représentant du président français, il a occupé la plupart de son temps à négocier avec le premier ministre Zhou Enlai et le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Chen Yi. Faisant preuve d'un superbe art de la négociation, le premier ministre Zhou a combiné la fermeté du principe et la flexibilité de la tactique, de sorte que les négociations ont surmonté les difficultés et permis des progrès. Le 31 octobre, Liu Shaoqi, le président de la République populaire de Chine, a reçu Edgar Faure et son épouse à Beijing. « Nous sommes prêts à établir des relations diplomatiques normales avec la France. Éviter la situation de "deux Chines" est notre unique demande », a précisé Liu Shaoqi.

Le jour suivant, les négociations se sont poursuivies à Shanghai. Le 2 novembre, des progrès substantiels avaient été effectués : le premier ministre Zhou Enlai et Edgar Faure ont signé un document intitulé Les points clés de l'entretien avec le premier ministre Zhou Enlai, projet portant sur l'établissement direct de relations diplomatiques. Mao Zedong a reçu le couple Faure à Shanghai, s'exclamant : « Vous arrivez à point nommé. Il faut établir des relations diplomatiques normales entre nos deux pays. » « Maintenant que nous avons réussi, je vais en rapporter le résultat au président De Gaulle », a répondu Faure.

Trois semaines plus tard, le 22 novembre, Charles de Gaulle a convoqué Edgar Faure à l'Élysée et exprimé la volonté de reconnaître la Chine.

Charles de Gaulle est intervenu en personne pour l'établissement de relations diplomatiques avec la Chine. Il a tout d'abord mené une série de négociations en Suisse concernant les affaires concrètes de l'établissement de ces relations diplomatiques. De décembre 1963 au début de l'année 1964, Maurice Couve de Murville, ministre français des Affaires étrangères, a envoyé son directeur des affaires européennes, Jacques de Beaumarchais, effectuer à Berne plusieurs entretiens avec Li Qingquan, ambassadeur chinois en Suisse, afin de déterminer la forme du Communiqué conjoint sur l'établissement des relations diplomatiques ainsi que la date de la publication de celui-ci.

Le 8 janvier, le Conseil des ministres a décidé d'établir des relations diplomatiques avec la Chine.

Le 15 janvier 1964, Charles de Gaulle a chargé l'ambassadeur de France aux États-Unis d'informer le gouvernement américain de l'établissement des relations diplomatiques sino-françaises, et ce malgré l'hostilité des États-Unis envers ce projet.

Enfin, le 19 janvier, de Gaulle a envoyé un émissaire spécial à Taiwan pour apporter en personne à Tchang Kaï-Chek une lettre en réponse à celle que ce dernier avait écrite à De Gaulle le 24 décembre 1963. Cinq jours plus tard, l'émissaire est rentré à Paris avec une lettre de Tchang pour Charles de Gaulle, qui n'a fait aucun cas de la demande de Tchang concernant l'ajournement de l'établissement des relations diplomatiques.

Ainsi, s'est ouverte la voie vers l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France.

Le 27 janvier 1964, à 11 heures GMT, Beijing et Paris ont annoncé simultanément le Communiqué conjoint sur l'établissement des relations diplomatiques, indiquant : « La République populaire de Chine et la République française se sont accordées pour l'établissement de relations diplomatiques. Les deux gouvernements nommeront leur ambassadeur dans les trois mois. » Ces deux phrases simples ont choqué l'Occident, voire le monde, et ont été qualifiées par les médias occidentaux d'« explosion nucléaire diplomatique ». Cela a été une action stratégique réalisée par Charles de Gaulle et Mao Zedong afin de casser la situation bipolaire maîtrisée par les États-Unis et l'Union soviétique. La plupart des pays ont transmis leur approbation et leur soutien à cette annonce. Un petit nombre de pays ont manifesté leur opposition ou leur réticence, tandis que les États-Unis ont émis une forte protestation auprès de la France.

Le jour suivant, conformément au programme fixé par les deux parties sur l'établissement des relations diplomatiques, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré : « Le gouvernement de la République populaire de Chine est parvenu, en tant qu'unique gouvernement légal représentant le peuple chinois tout entier, à un accord avec le gouvernement français sur l'établissement de relations diplomatiques. Le gouvernement chinois estime nécessaire de réaffirmer que Taiwan fait partie intégrante de la Chine. Le gouvernement et le peuple chinois n'accepteront jamais la séparation de Taiwan du territoire chinois ni la création de "deux Chines" ».

Quatre jours plus tard, le 31 janvier, Charles de Gaulle a donné une conférence de presse à l'Élysée, faisant un discours sur la Chine et déclarant officiellement l'établissement de relations diplomatiques au niveau d'ambassadeur avec la Chine. Il a rendu un vibrant hommage à la Chine, qu'il a qualifiée de grande nation riche d'une longue histoire et d'une civilisation originale et profonde. Il a aussi souligné que la Chine était un pays indépendant souverain, qui attirait de plus en plus l'attention du monde. D'après lui, établir des relations diplomatiques avec la Chine signifie « reconnaître réellement le monde ». Il a ensuite prédit, dans un sourire : « Certains gouvernements dans l'expectative imiteront la France tôt ou tard. »

Ensuite, sous la direction de Charles de Gaulle, le gouvernement français a pris des mesures importantes. Le 10 février, le gouvernement français a officiellement informé les autorités de Taiwan de la nouvelle situation : « Une fois les diplomates de Beijing arrivés à Paris, les missions diplomatiques de Taiwan n'existeront plus. » Le jour même, les autorités de Taiwan ont été obligées de déclarer qu'elles rompaient toutes relations diplomatiques avec la France. Puis, le gouvernement français a retiré ses missions diplomatiques de Taiwan. Les obstacles principaux à l'établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France ont ainsi été levés.

D'autre part, l'envoi d'ambassadeurs dans les pays respectifs a été réalisé. Le 27 mai, Lucien Paye, premier ambassadeur français en Chine est arrivé à Beijing. Le 31 mai, il a présenté ses lettres de créance au président Liu Shaoqi. Ensuite, le 14 juillet, l'ambassade de France en Chine a donné sa première réception à l'occasion de la Fête nationale, en présence du premier ministre Zhou Enlai et du vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Chen Yi.

Le 2 juin, Huang Zhen, premier ambassadeur chinois en France est arrivé à Paris et a présenté ses lettres de créances le 6 juin à Charles de Gaulle, à l'Élysée. Ce dernier a donné une allocution : « Monsieur l'ambassadeur, soyez certain de recevoir toute mon aide et mon soutien, ainsi que ceux du gouvernement, pour accomplir votre mission sacrée et grandiose. »

Ainsi, l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France a été couronné d'un plein succès.

Cela fait 50 ans maintenant. L'histoire l'a prouvé : cet événement grandiose a inauguré une nouvelle ère pour ce qui est des relations sino-françaises et a écrit un chapitre splendide dans les annales diplomatiques de la Chine nouvelle. Cet événement a illustré l'esprit d'indépendance nationale et l'idée d'une certaine diplomatie des grandes puissances, pour lesquels Charles de Gaulle s'est battu toute sa vie. Il a brisé le blocus des États-Unis et le monopole des superpuissances dans les affaires internationales. Il a ouvert en premier la voie favorisant la connaissance et les échanges mutuels entre l'Occident et l'Orient. à l'occasion du 50e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France, je voudrais chanter les louanges de l'esprit de ce grand homme et de l'amitié entre la Chine et la France.

*CAO SONGHAO est chercheur confirmé sur l'histoire française et traducteur, ainsi que conseiller supérieur de l'Institut chinois de recherche sur la France. Il a également travaillé à l'ambassade de Chine en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

Edité par:Yao Xiaodan
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