Depuis l'introduction de la sociologie occidentale en Chine à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, la sociologie chinoise a constamment considéré la recherche de solutions aux crises sociales et nationales comme sa mission centrale. Au cours des premières pratiques d'indigénisation de la sociologie chinoise, des chercheurs tels que Wu Wenzao, Pan Guangdan, Fei Xiaotong et Lin Yaohua ont mené des études sur les communautés, la culture, la société rurale et les structures familiales claniques, démontrant une préoccupation théorique consistant à appréhender la société dans son ensemble à travers l'étude de questions spécifiques. Cette construction d'un discours sociologique fondé sur une orientation théorique holistique a obtenu des résultats remarquables. Par exemple, le concept de « modèle corporatif (tuanti geju) / modèle hiérarchique différencié (chaxu geju) » proposé par Fei Xiaotong pour comparer les sociétés chinoise et occidentale, demeure à ce jour une contribution conceptuelle parmi les plus influentes et durables de la sociologie chinoise.
Le déclin de l'approche holistique
Aujourd'hui, la sociologie, en tant que discipline à caractère synthétique, est confrontée à un défi largement reconnu : le discours académique est devenu extrêmement fragmenté, ce qui souligne la nécessité d'un système théorique holistique capable d'expliquer efficacement les trajectoires et les mécanismes des transformations de la société chinoise. Dans une certaine mesure, cette situation est attribuable à l'influence des paradigmes de recherche de la sociologie américaine. Plus précisément, dans son processus de construction de son identité disciplinaire au niveau national, la sociologie américaine a privilégié l'étude de sous-domaines sociétaux spécifiques — tels que la ville, les communautés, la race, le genre, le pouvoir, la famille et les professions — plutôt que de développer des analyses théoriques de la société dans son ensemble. L'essor de ces méthodes de recherche empirique au sein de la sociologie américaine est étroitement lié à l'attention portée à des problèmes propres au contexte local comme la race et le genre, et se caractérise sur le plan méthodologique par la prédominance des approches quantitatives.
Le processus d'indigénisation de la sociologie chinoise a connu une tendance à l'américanisation, mettant l'accent sur l'utilisation des connaissances statistiques et des méthodes quantitatives pour appuyer la construction épistémologique de la discipline. La différenciation et la spécialisation disciplinaires de la sociologie ont entraîné une insuffisance de l'élaboration théorique au sein des différents sous-domaines. Les concepts proposés étaient en grande partie de nature descriptive et manquaient de liens systématiques entre eux. En outre, les diverses branches de la sociologie se cantonnaient aux réalités sociales relevant de leurs propres domaines de recherche, n'examinant qu'une partie du tout étudié, tout en négligeant l'observation de la société dans son ensemble. Cette fragmentation théorique entre les différentes sous-disciplines a conduit la théorie sociologique à faire face à une crise d'effacement de sa dimension holistique.
Cependant, en tant que discipline empirique à orientation synthétique, la sociologie n'ambitionne pas seulement d'expliquer les mécanismes sous-jacents à un fait social particulier, mais veille aussi à synthétiser et généraliser les explications des différents mécanismes. En ce sens, la sociologie n'est pas simplement une combinaison ou une agrégation de ses divers sous-domaines. Elle explore les régularités sociales dans différents domaines, visant à offrir une représentation globale de la société en tant qu'ensemble cohérent. Par conséquent, dans un contexte marqué par l'affaiblissement de la perspective holistique, il devient nécessaire de réfléchir de manière critique aux différentes branches disciplinaires et de les remodeler dans le cadre de l'élaboration théorique, en prêtant attention aux corrélations entre les phénomènes examinés à travers les disciplines avec une conscience holistique claire, afin de fournir une conception synthétique et intégrée de la société dans son ensemble.
La construction d'une conception holistique de la société
Les transformations sociales profondes et étendues de la Chine contemporaine, ainsi que l'émergence continue de nouvelles formes de savoirs, d'expériences et d'informations, présentent d'importantes opportunités. La question clé est de savoir comment les concepts théoriques et les propositions qui émergent de ces conditions peuvent constituer un projet d'éveil sociologique à la fois synthétique et réflexif — c'est-à-dire comment la société chinoise peut être appréhendée et conceptualisée dans sa globalité à la lumière des interrogations propres aux sous-domaines de la sociologie.
Du point de vue de l'histoire disciplinaire, il est nécessaire de réexaminer et de réévaluer les différentes traditions par lesquelles la sociologie a été introduite en Chine, ainsi que de réfléchir à l'adaptation locale des théories et méthodes importées lors des premières phases d'indigénisation de la sociologie chinoise. Cette réflexion historique peut servir de continuité intellectuelle pour réarticuler une orientation théorique holistique de la sociologie chinoise dans la nouvelle ère. Sur le plan méthodologique, il convient également de promouvoir une réflexion soutenue sur les questions de valeur et de sens, en étant attentif à la condition humaine et aux dilemmes auxquels cette dernière fait face à l'ère de l'intelligence artificielle. Dans une perspective de construction théorique interdisciplinaire et intégrative, il s'agit d'engager un dialogue académique en intégrant les enjeux fondamentaux de la recherche empirique issue de différentes disciplines dans le cadre du développement de la sociologie.
Construire une sociologie avec des caractéristiques, un style et un ethos chinois ne devrait pas se limiter à générer des concepts isolés et descriptifs, mais devrait surtout mettre l'accent sur l'édification d'un système théorique ancré dans l'expérience chinoise, capable d'observer et de décrire la société dans son ensemble, afin de proposer une "solution d'éveil" sociologique empreinte de caractéristiques chinoises.
Zhou Zhongxian est rattaché à la Faculté de sociologie et d'ethnologie de l'Université de l'Académie des Sciences sociales de Chine.