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Élaborer son système de connaissances autonome pour l'évaluation académique
Source : Chinese Social Sciences Today 2026-01-23

Actuellement, la Chine s’engage à construire un système de connaissances autonome, visant à rompre avec l’influence du système de connaissances et d’évaluation dominés par l’Occident dans les cadres de recherche académique, les thématiques et les modes discursifs. Face à cette nécessité stratégique, réformer l’évaluation académique et établir un système d’appréciation scientifique et rationnel constituent un levier essentiel, à l’ère nouvelle, pour faire avancer la construction du système de connaissances autonome de la Chine et renforcer systématiquement la capacité d’innovation académique.

Les opportunités de développement de l’évaluation académique

Construire un système de connaissances autonome exige d’ancrer la recherche dans les pratiques propres à la Chine et de développer une philosophie et des sciences sociales qui présentent des caractéristiques et un style clairement chinois. Dans ce processus, l’évaluation académique doit saisir plusieurs opportunités clés de développement.

L’opportunité de passer du « suivi » à la « course de front », puis au « leadership » : Les critères d’évaluation centrés sur les facteurs d’impact et la publication dans des revues occidentales ont longtemps dominé le monde académique, confinant les chercheurs chinois dans une position persistante de « suiveurs » en matière d’orientations de recherche, de cadres d’analyse et de modes d’expression. Réformer le système d’évaluation implique donc d’accorder plus d’importance au pouvoir explicatif théorique et aux contributions pratiques des recherches sur les enjeux majeurs de la modernisation chinoise. Cela encourage les chercheurs à répondre aux préoccupations de l’époque et à développer des cadres théoriques autonomes. Ainsi, la recherche chinoise pourra passer du « suivi » à la « course de front » avec la communauté académique internationale, et finalement atteindre des positions de « leadership » dans des domaines clés – faisant ainsi évoluer la production des savoirs de la simple « explication de la Chine » vers une véritable « innovation théorique ».

L’opportunité d’établir des « normes chinoises » et un « discours chinois » : les revues et prix académiques occidentaux ne doivent plus constituer l’unique référence de la valeur scientifique. Il faut au contraire déployer davantage d’efforts pour développer des revues, des bases de données d’ouvrages et des distinctions académiques de référence, fondés sur la langue chinoise et axés sur les besoins du développement de la Chine. À mesure que la valeur des travaux académiques en chinois sera pleinement reconnue, leur diffusion internationale, leur attractivité et leur influence discursive se renforceront, jetant ainsi des bases plus solides à l’expression autonome de la Chine au sein du système mondial des savoirs.

L’opportunité de stimuler l’originalité et la diversité dans l’innovation académique : les systèmes d’évaluation dominés par des indicateurs quantitatifs uniques encouragent souvent des recherches à court terme et à faible risque, marginalisant ainsi les travaux originaux qui nécessitent une accumulation à long terme, impliquent un risque plus élevé ou traversent les frontières disciplinaires. Une nouvelle orientation évaluative, mettant l’accent sur les œuvres représentatives, l’évaluation par les pairs et l’appréciation différenciée, peut contribuer à cultiver un environnement académique plus inclusif et propice à l’innovation.

L’opportunité d’approfondir l’intégration de la production des savoirs aux besoins stratégiques nationaux : un nouveau système d’évaluation devrait intégrer des dimensions clés telles que la réponse aux grands besoins stratégiques nationaux, la production de rapports d’influence émanant des think tanks, la promotion de l’héritage et de l’innovation culturels, ainsi que le service au développement économique régional. Cette orientation permettrait de rapprocher davantage la recherche académique des stratégies nationales et des demandes sociétales, en permettant aux réalisations scientifiques d’exercer une influence substantielle sur la gouvernance nationale, les politiques publiques et le développement social.

Les trois défis majeurs

Les opportunités et les défis coexistent. Pour soutenir véritablement la construction d’un système de connaissances autonome, la réforme de l’évaluation académique doit relever trois défis majeurs : l’orientation des objectifs, la construction communautaire et la transformation institutionnelle.

Équilibrer dialogue international et positionnement autonome : la production des savoirs est aujourd’hui mondialement interconnectée. Préserver la subjectivité et l’indépendance académiques de la Chine tout en s’engageant dans le dialogue international exige un système d’évaluation à la fois internationalement comparable et distinctement chinois, ainsi qu’un renforcement des capacités de fixation de l’agenda et de contribution théorique au sein des collaborations internationales.

La maturité de la communauté académique et la reconstruction de la culture d’évaluation : le système d’évaluation scientifique et efficace repose sur une communauté académique mature, équitable et autorégulée. Il est donc nécessaire de reconstruire systématiquement la culture de l’évaluation par les pairs, de renforcer le sens de la communauté et de la responsabilité professionnelle des chercheurs, et de recentrer l’évaluation académique sur une logique professionnelle axée sur la valeur scientifique.

L’inertie institutionnelle et la résistance des intérêts établis : le système d’évaluation existant est institutionnellement entrelacé avec les mécanismes d’allocation des ressources, de promotion et d’évaluation des talents, ce qui génère une inertie persistante et des intérêts acquis. Surmonter cette inertie exige une conception coordonnée du haut vers le bas et une expérimentation ascendante, permettant à de nouveaux mécanismes d’évaluation de se constituer progressivement et de remplacer l’ancien système.
 

Jiang Ling est rattachée au Centre de recherche sur l’évaluation de l’Université Renmin de Chine.

Edité par:Zhao Xin
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