NETWORK DES SCIENCES SOCIALES DE CHINE
Politique
ACCUEIL>NOUVELLES>CHINE>Politique
Dix années de progression soutenue pour la philosophie et les sciences sociales chinoises
Source : Chinese Social Sciences Today 2026-06-12

À l’occasion du dixième anniversaire du « discours du 17 mai » prononcé par le secrétaire général Xi Jinping, la revue Sciences sociales en Chine (n° 4, 2026) publie un dossier spécial consacré à la construction d’un système autonome de connaissances pour la philosophie et les sciences sociales chinoises. Ce dossier réunit les contributions de cinq chercheurs qui, à partir de perspectives disciplinaires variées — la théorie marxiste, la philosophie, l’économie, le droit et l’histoire — explorent cette question majeure. Photo : Wang Youran/CSST 

Le 17 mai 2016, Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du PCC, a présidé le Symposium sur le travail en philosophie et en sciences sociales, au cours duquel il a prononcé un important discours traçant la voie à suivre et posant les orientations fondamentales pour le développement de la philosophie et des sciences sociales dans la nouvelle ère. Au cours de la dernière décennie, depuis la conception stratégique au plus haut niveau des « Trois Systèmes » — le système disciplinaire, le système académique et le système discursif — jusqu’à l’objectif de bâtir un système autonome de connaissances, en passant par des avancées majeures et l’émergence de nouvelles approches permettant d’apporter des réponses systématiques aux questions de la Chine, du monde, du peuple et de l’époque, la philosophie et les sciences sociales chinoises ont accompli des progrès remarquables.

De nouvelles avancées

Il y a dix ans, Liu Shouying, professeur à la Faculté d’économie de l’Université Renmin de Chine, a opéré une réorientation professionnelle, passant du rôle de conseiller en politiques publiques à celui de chercheur engagé dans l’élaboration théorique. Jusqu’alors profondément associé à la formulation des politiques de développement économique et de réforme en Chine, il a rapidement constaté que le courant dominant de l’économie tendait à attribuer les succès du développement chinois aux seules dynamiques de marchandisation et de protection des droits de propriété inspirées des modèles occidentaux, reléguant souvent au second plan la singularité et la complexité de l’expérience chinoise.

Selon M. Liu, le miracle du développement économique chinois au cours des quatre dernières décennies tient largement à son modèle de développement particulier. « Il a fallu consacrer des efforts considérables à dégager les caractéristiques paradigmatiques de l’expérience chinoise, en faire émerger des concepts distinctifs, puis les éclairer au moyen d’une démarche scientifique », explique-t-il. Dix ans plus tard, il trouve un motif d’encouragement dans le nombre croissant de chercheurs qui s’emploient à cette entreprise.

Kang Zhen, vice-président de l’Université normale de Pékin et professeur à la Faculté de littérature, a été le témoin des profondes transformations qu’ont connues les études littéraires chinoises au cours de la décennie écoulée. Dans un entretien accordé à notre journal, il souligne que le monde académique ne se satisfait plus d’expliquer les phénomènes littéraires chinois à travers le seul prisme des théories occidentales ; il s’attache désormais au contraire à faire émerger ses propres cadres d’analyse à partir des pratiques littéraires chinoises elles-mêmes. Ainsi, l’élaboration du concept de « poétique culturelle » vise à décloisonner et à faire dialoguer les études littéraires et les études culturelles, tandis que les débats autour de la « nouvelle littérature et du nouvel art populaires » abordent de front les formes inédites de production culturelle à l’ère numérique. De même, des thématiques telles que « l’apprentissage mutuel entre civilisations » ou la « réécriture de l’histoire des civilisations » cherchent à dépasser les logiques narratives occidentalo-centrées afin de retracer les origines plurielles de la littérature mondiale et d’en renouveler la compréhension. Kang Zhen qualifie cette dynamique de « Chine dans la théorie » : une manière de présenter au monde un visage académique de la Chine qui s’adosse à un système autonome de connaissances.

Les changements dans le domaine du droit sont tout aussi remarquables. Lei Lei, doyen de la Faculté de droit de l’Université chinoise des sciences politiques et du droit, évoque un véritable « bond qualitatif » pour qualifier l’essor de l’influence internationale de la recherche juridique chinoise au cours de la dernière décennie. Autour de thématiques originales telles que la « communauté de destin pour l’humanité », l’État de droit appliqué aux affaires extérieures ou encore la gouvernance numérique, les chercheurs chinois ont joué un rôle moteur dans de nombreux dialogues académiques internationaux. Dans des domaines tels que le règlement des différends en matière d’investissement, la circulation transfrontalière des données ou la législation relative au changement climatique, l’expérience chinoise est devenue une référence majeure dans les études de droit comparé à l’échelle internationale. « La proportion de ces travaux publiés dans des revues internationales ainsi que par les plus grandes maisons d’édition académiques mondiales a considérablement augmenté », souligne M. Lei.

Zhang Yi, académicien de l’Académie des Sciences sociales de Chine, se souvient qu’il y a dix ans, les chercheurs chinois en philosophie et en sciences sociales occupaient pour l’essentiel, sur la scène académique internationale, le rôle de « traducteurs », d’« apprenants » et d’« auditeurs ». Aujourd’hui, observe-t-il, « nous sommes devenus des interlocuteurs à part entière du monde académique international ».

Chen Jinlong, directeur de l’Institut de recherche sur l’histoire du PCC et l’édification du Parti à l’Université normale de Chine du Sud, et son équipe se consacrent depuis plusieurs années à la construction d’un système autonome de connaissances appliqué à l’étude de l’histoire du Parti communiste chinois (PCC) et de l’édification du Parti. Ils ont défriché de nouveaux champs de recherche, notamment l’histoire des activités commémoratives du PCC ou encore l’histoire des émotions au sein du Parti. Longtemps peu explorés de manière systématique, ces domaines constituent pourtant des points d’entrée privilégiés pour comprendre les logiques de fonctionnement du PCC. « Nous avons établi un paradigme de recherche pour l’histoire des activités commémoratives du PCC », déclare M. Chen, soulignant qu’un paradigme implique à la fois une maturité méthodologique et une réplicabilité de l’approche.

Wang Weiguo, doyen exécutif de la Faculté de marxisme de l’Université de l’Académie des Sciences sociales de Chine, souligne quant à lui que « les grandes pratiques de la modernisation chinoise constituent la source et la force motrice de la construction d'un système autonome de connaissances pour la philosophie et les sciences sociales ». Qu’il s’agisse du développement des forces productives de nouvelle qualité, de l’éradication de l’extrême pauvreté, de la gouvernance des mégapoles ou encore de la prospérité commune, ces expériences concrètes « offrent à la recherche académique un terreau d’une exceptionnelle richesse, tout en constituant le terrain d’expérimentation le plus solide pour en vérifier les résultats ».

Guidé par le principe des « Deux Combinaisons »

Pour permettre au monde de mieux comprendre la Chine, il est indispensable d’approfondir la connaissance de la civilisation chinoise, et d’expliquer, dans une perspective conjuguant histoire et réalité, théorie et pratique, comment mieux persévérer dans la voie chinoise, promouvoir l’esprit chinois et fédérer les forces de toute la nation. Wang Weiguo soutient que la combinaison des principes fondamentaux du marxisme avec les réalités concrètes de la Chine et le meilleur de sa culture traditionnelle — les « Deux Combinaisons », et plus particulièrement la « Seconde Combinaison » — met en évidence le noyau spirituel et les fondements culturels auxquels doit demeurer fidèle la construction d’un système autonome de connaissances pour la philosophie et les sciences sociales chinoises.

Xie Naihe, professeur à la Faculté d’histoire et de culture de l’Université normale du Nord-Est, observe que les recherches historiques en Chine ont longtemps souffert d’une forme de « dépendance au sentier » à l’égard des paradigmes académiques occidentaux. « Des concepts tels que “empire”, “Asie intérieure” et “État-nation”, étroitement liés à l’expérience historique occidentale, risquent inévitablement de se révéler inadaptés lorsqu’ils sont appliqués directement à l’étude de l’histoire chinoise », explique-t-il.

Au cours de la dernière décennie, les chercheurs ont entrepris un travail systématique de clarification des concepts originaux et des notions distinctives reflétant les traits saillants de la civilisation chinoise — tianxia (tout sous le ciel), minben (gouvernance centrée sur le peuple), datong (grande harmonie), xiaokang (prospérité modérée) et da yitong (grande unité), entre autres. Derrière ces notions se déploie tout un effort de réflexion méthodologique. Le monde académique a ainsi proposé une « approche chinoise » de l’origine et de la formation des civilisations, ainsi qu’une série de théories originales ancrées dans le contexte chinois et dotées d’un fort pouvoir explicatif. Xie Naihe y voit l’affirmation d’une véritable « subjectivité » intellectuelle.

Kang Zhen ajoute que la construction d’un système autonome de connaissances propre à la Chine suppose d’approfondir la recherche théorique sur les « Deux Combinaisons » et de diffuser les idées culturelles et les résultats de recherche dans des formes capables de susciter à la fois adhésion et conviction.

Malgré les progrès accomplis, de nombreux chercheurs admettent que la construction d’un système autonome de connaissances pour la philosophie et les sciences sociales chinoises demeure confrontée à des défis persistants. Chen Jinlong souligne la nécessité, d’une part, d’élever l’expérience issue de la pratique au niveau théorique, en s’appuyant sur une étude approfondie des pratiques chinoises et, d’autre part, de clarifier davantage les modalités d’intégration du meilleur de la culture traditionnelle chinoise dans ce système autonome de connaissances, afin qu’il puisse devenir un vecteur de transmission et de valorisation du patrimoine culturel chinois.

Zhang Yi insiste sur la nécessité de prendre appui sur la pratique de la modernisation chinoise, de poursuivre les enquêtes de terrain, de tirer rigoureusement les enseignements de l’expérience et d’approfondir la recherche théorique originale. Lei Lei, pour sa part, plaide en faveur d’une documentation systématique de l’expérience de gouvernance accumulée par la Chine au cours de la dernière décennie dans des domaines émergents tels que le droit de la sécurité nationale, le droit de la sécurité des données et la loi contre les sanctions étrangères. Il appelle également à approfondir les recherches interdisciplinaires afin de bâtir un système autonome de connaissances juridiques ancré dans la pratique chinoise et capable d’apporter des réponses aux questions propres à la Chine.

Nouvelles tendances

À travers le prisme de la modernisation chinoise, Wang Weiguo met en évidence trois tendances émergentes dans la recherche en philosophie et en sciences sociales. Premièrement, les thématiques de recherche s’alignent de plus en plus sur les grandes priorités stratégiques du Parti et de l’État, favorisant l’émergence d’une dynamique multidimensionnelle articulant recherche théorique, expertise au service de la décision publique, diffusion des savoirs et dialogue académique. Deuxièmement, les mécanismes d’innovation collaborative — transdisciplinaires, interinstitutionnels et interrégionaux — se structurent à un rythme accéléré, tandis que l’organisation de la recherche évolue d’une logique de « combat isolé » vers une mobilisation collective et structurée autour d’objectifs communs. Troisièmement, la rigueur académique tend de plus en plus à se conjuguer avec une attention soutenue aux réalités concrètes : les résultats de la recherche visent davantage à répondre aux défis concrets, aux préoccupations du public, aux besoins de la gouvernance locale et à la mise en œuvre des politiques publiques.

Dans le domaine de l’économie, Liu Shouying souligne le rôle central des technologies numériques. « Nous devons savoir tirer les enseignements de la richesse des pratiques chinoises en matière d’économie numérique, dégager les faits saillants, formuler des concepts originaux et distinctifs, puis faire émerger des théories à la fois innovantes et dotées d’une portée universelle, afin d’orienter le développement de l’économie numérique chinoise », affirme-t-il. Une telle démarche est, selon lui, essentielle pour permettre à la Chine d’affirmer sa capacité d’influence discursive à l’ère du numérique. Les cadres d’analyse hérités de l’ère industrielle apparaissent désormais insuffisants pour appréhender l’ampleur des transformations profondes en cours.

Lei Lei expose une stratégie à double volet visant à renforcer l’influence internationale de la recherche juridique chinoise. « D’une part, il convient d’approfondir l’étude des pratiques chinoises en matière d’État de droit — qu’il s’agisse des garanties juridiques mises en œuvre dans la lutte contre la pauvreté et les innovations normatives liées à la gouvernance numérique des mégapoles — afin d’en dégager des concepts dotés d’une portée explicative universelle. D’autre part, il importe de prendre l’initiative dans la définition des grands enjeux mondiaux, en exposant, dans un langage académique partagé à l’échelle internationale, la logique profonde des solutions proposées par la Chine, notamment dans des domaines émergents comme l’éthique de l'intelligence artificielle et la gouvernance de la criminalité transnationale. » Il insiste tout particulièrement sur l’importance d’un changement des modalités du dialogue académique : « Par le biais de recherches conjointes, de projets de traduction et d’une participation accrue aux organisations académiques internationales, la recherche juridique chinoise doit passer du statut d’“objet d'observation” à celui de “paradigme de référence” ».

En ce qui concerne la recherche historique, Xie Naihe propose une réflexion à forte portée philosophique. Il estime que la création d’une historiographie chinoise — et, plus largement d’un système de philosophie et de sciences sociales aux caractéristiques chinoises — ne relève pas seulement d’une mission culturelle contemporaine mais constitue également, depuis l’entrée de la Chine dans la modernité académique, un « réenracinement culturel » visant à renouer avec l’« esprit original » de la Chine historique ainsi qu’avec son système de concepts théoriques ». Selon Xie Naihe, les études classiques chinoises constituent la source vive pour l’élaboration d’un système conceptuel enraciné dans le contexte national et revêtent, à ce titre, une importance majeure dans la construction d’un système autonome de connaissances propre à la philosophie et aux sciences sociales chinoises.

Des chercheurs soulignent qu’au cours de la dernière décennie, la philosophie et les sciences sociales chinoises ont consolidé les fondements de la construction d’un système autonome de connaissances grâce à l’approfondissement des réformes institutionnelles et à l’innovation dans la formation des talents. Ils observent la mise en œuvre d’un nouveau modèle de recherche scientifique organisée, le développement de plateformes de recherche destinées à lever les obstacles entravant la productivité scientifique, et l’établissement d’un système intégré de formation des talents — autant de réformes dont les effets se font désormais de plus en plus sentir. Malgré les progrès considérables accomplis au cours de la dernière décennie, le chemin à parcourir reste encore long. Cela requiert à la fois une conscience pratique solidement ancrée dans les réalités chinoises et une ouverture résolue sur le monde, ainsi que l’orientation méthodologique des « Deux Combinaisons », et une poursuite continue d’innovation théorique et de renouvellement conceptuel.

Edité par:Zhao Xin
  • Copyright © CSSN All Rights Reserved
  • Copyright © 2023 CSSN All Rights Reserved