Les 29 et 30 décembre 2025, la Conférence centrale sur le travail rural s'est tenue à Beijing. À cette occasion, le secrétaire général du Comité central du PCC Xi Jinping a formulé des instructions importantes sur le travail en lien avec l'agriculture, les zones rurales et les agriculteurs, communément désigné par l'expression « les trois questions rurales ». La conférence a étudié et transmis ces orientations majeures, procédé à une analyse approfondie de la nouvelle situation et des nouveaux défis auxquels est confronté le développement agricole et rural, et déployé de manière globale les priorités du travail rural pour l'année 2026.
Selon les chercheurs interrogés, la conférence a su, d'une part, affronter lucidement les contradictions concrètes et les défis structurels profonds auxquels fait face l'agriculture et le monde rural à l'heure actuelle, et, d'autre part, se projeter dans la perspective du développement à long terme du pays et de la modernisation dans son ensemble. Elle témoigne ainsi d'une pensée systémique et d'une grande constance stratégique. Elle marque le fait que le travail relatif aux « trois questions rurales » en Chine progresse résolument vers une trajectoire caractérisée par une qualité plus élevée, une efficacité accrue, une plus grande équité et une durabilité renforcée.
La sécurité alimentaire : une priorité
La sécurité alimentaire constitue une question d’intérêt national et représente une priorité absolue de la gouvernance de l'État. Elle a toujours occupé une place centrale dans les travaux de la Conférence centrale sur le travail rural. La réunion de cette année a clairement affirmé la nécessité de « stabiliser la production céréalière et oléagineuse, dintensifier la mise en œuvre d'un nouveau cycle d'actions visant à augmenter la capacité de production céréalière, et d'améliorer les variétés et la qualité des cultures ». Cette série de mesures souligne avec force l'importance cruciale et l'urgence de garantir la sécurité de l'approvisionnement en céréales et en huiles dans le nouveau contexte national et international, tout en clarifiant une approche stratégique qui accorde une importance égale à l'expansion des capacités de production et à l'optimisation structurelle.
Kong Xiangzhi, professeur à l'École de l'économie agricole et du développement rural de l'Université Renmin de Chine, a souligné que la production céréalière en Chine s'est maintenue pendant neuf années consécutives à un niveau supérieur à 1 300 milliards de jin (650 millions de tonnes métriques), dépassant même les 1 400 milliards de jin en 2024 et 2025. Ces résultats, remarquables à l'échelle mondiale, témoignent de la solidité des fondements agricoles de la Chine. Toutefois, derrière ces volumes élevés, la sécurité alimentaire continue de faire face à de multiples défis structurels profonds. Du point de vue de la structure de l'offre, la dépendance aux importations d'oléagineux, en particulier de soja, demeure élevée. De plus, les sources d'approvisionnement sont relativement concentrées, ce qui rend les chaînes d'approvisionnement vulnérables aux chocs externes liés à la géopolitique et aux fluctuations du commerce international.
Cao Bin, chercheur associé à l'Institut de recherche sur le développement rural de l'Académie des Sciences sociales de Chine, a observé que dans un contexte marqué par l'intensification des conflits géopolitiques mondiaux et par l'instabilité des politiques agricoles des principaux pays producteurs de céréales, l'accent mis par la conférence sur la « stabilité » vise essentiellement à faire face aux incertitudes externes, à réduire la dépendance passive vis-à-vis de l’étranger et à renforcer l'autonomie, la maîtrise et la sécurité du système national d'approvisionnement alimentaire.
Promouvoir l'institutionnalisation des mécanismes de soutien
L'année 2025 marque la fin de la période de transition quinquennale destinée à assurer une articulation efficace entre la consolidation des acquis de la lutte contre la pauvreté et la stratégie de revitalisation rurale. La conférence a insisté sur la poursuite de « la consolidation et l'extension des réalisations en matière de réduction de la pauvreté, l'intégration des mécanismes de soutien normalisés dans la mise en œuvre coordonnée de la stratégie de revitalisation rurale, et la préservation de la ligne de défense contre le retour à la pauvreté ou l'apparition de pauvreté à grande échelle ». Cette orientation majeure témoigne de la nouvelle phase dans laquelle se déploie le travail de prévention du retour à la pauvreté, caractérisée à la fois par une intégration profonde avec la stratégie de revitalisation rurale et par une promotion régulière et institutionnalisée. Elle marque enfin une transformation stratégique, passant d'un « soutien spécifique propre à la période transitoire » à une « garantie institutionnelle de long terme ».
Selon Cao Bin, « l'intégration des mécanismes de soutien normalisés dans la stratégie globale de revitalisation rurale » envoie un signal politique clair. D'une part, les efforts pour prévenir un retour à la pauvreté ne reposeront plus sur des outils politiques distincts ou relativement isolés, mais seront systématiquement intégrés dans la conception institutionnelle globale et l'allocation des ressources de la revitalisation rurale, permettant une meilleure coordination des politiques, une intégration des ressources et une meilleure coordination institutionnelle. D'autre part, cette démarche reflète un profond changement de paradigme en matière de gouvernance. La « normalisation » met l'accent sur la mise à disposition constante de cadres institutionnels permettant de renforcer durablement les systèmes industriels ruraux, les dispositifs de soutien à l'emploi, les systèmes de protection sociale et les services publics. Elle vise à améliorer ainsi les capacités de développement à long terme des populations rurales à faibles revenus et à faire évoluer la gouvernance de base vers des mécanismes plus durables et prévisibles, au-delà des réponses ponctuelles.
Si Wei, doyen de la Faculté des Sciences économiques et de gestion de l'Université agricole de Chine, a ajouté que la Chine a déjà mis en place un système de soutien normalisé combinant des mesures telles que le développement d'industries spécialisées, le renforcement du soutien à l'emploi, l'intensification de la formation professionnelle et l'élargissement de la protection sociale, ainsi que des mécanismes de responsabilité clairement définis impliquant la coopération Est-Ouest, l'assistance ciblée et une participation des forces sociales élargie. L'intégration explicite de ces mécanismes dans la stratégie de revitalisation rurale, a-t-il déclaré, montre que les politiques de soutien ne seront pas soumises à des revirements ou des changements brutaux, mais seront davantage optimisées et ajustées dans une direction stable et s'inscrivant dans le long terme afin d'assurer une transition fluide et continue de la réduction de la pauvreté vers la revitalisation rurale intégrale.
Construction d'une campagne prospère
La conférence a également défini les priorités clés pour la construction rurale, appelant à « s'inspirer de l'expérience du 'Projet des Dix Millions' (千万工程), programme de long terme axé sur l'amélioration du cadre de vie rural, et à adopter des mesures adaptées à chaque région pour construire une campagne belle et harmonieuse où il fait bon vivre et travailler ».
Aux yeux des chercheurs, ces orientations signalent un tournant significatif tant dans la philosophie que dans la pratique de la construction rurale en Chine – passant d'une priorité accordée à la création de modèles de démonstration à la promotion à l'échelle de l'ensemble du territoire d'un progrès global et d'une amélioration intégrale ; d'un accent mis sur l'assainissement des infrastructures de base vers la création systémique d'espaces de vie de haute qualité et de meilleures conditions de vie en ruralité ; et enfin d'initiatives principalement pilotées par le gouvernement vers des approches accordant davantage de poids à la mobilisation des dynamiques endogènes et à la reconnaissance du rôle central des agriculteurs en tant que sujets principaux du développement rural.