La santé de la population est largement reconnue comme un indicateur essentiel de la prospérité d’une nation et de la puissance d’un État. La période couverte par le 15ePlan quinquennal (2026-2030) constitue à ce titre une étape charnière dans la réalisation des objectifs de l’initiative « Chine saine 2030 ». L’édification d’une Chine saine apparaît de plus en plus comme une entreprise fondamentale au service du développement de haute qualité, de la modernisation de la gouvernance nationale et de l’amélioration du bien-être de la population. Récemment, CSST a recueilli les analyses de plusieurs experts et universitaires au sujet de la stratégie « Chine saine », telle qu’elle est définie dans le Programme du 15ePlan quinquennal pour le développement économique et social de la République populaire de Chine.
Du traitement des maladies à la promotion de la santé
Durant la période du 15ePlan quinquennal, la demande de la population pour des services de santé de haute qualité continuera de croître. Selon Guan Xinping, directeur de l’Institut de recherche sur la construction et la gestion sociales de l’Université de Nankai, l’essence même de la stratégie « Chine saine » réside dans la mobilisation coordonnée des ressources et la mise en œuvre de réformes systémiques, afin de garantir dans les délais impartis la réalisation des objectifs fixés pour 2030, et de consolider durablement les bases du développement à long terme de la santé pour tous.
Wang Zhen, chercheur à l’Institut d’économie de l’Académie des Sciences sociales de Chine, souligne que la Chine opère actuellement une transition rapide, passant d’un dividende démographique traditionnel fondé sur la quantité à un dividende reposant sur la qualité de la population. Selon lui, l’intégration de l’initiative « Chine saine » à la stratégie nationale de développement démographique répond à la fois aux mutations objectives induites par la transition démographique et aux impératifs internes d’un développement économique de qualité.
La gouvernance sanitaire connaît actuellement une profonde transformation, marquée par le passage progressif d’une approche centrée sur le traitement des maladies à une approche axée sur la promotion de la santé. Selon Hu Qingshan, doyen de l’École d’éducation physique et sportive de l’Université normale de Chine centrale, cette évolution implique de considérer la santé comme un projet dynamique, continu et systématique. Dans un contexte de forte prévalence des maladies chroniques et de rendements décroissants des interventions curatives, M. Hu estime indispensable de déplacer le seuil des interventions sanitaires vers l’amont — et de passer d’une médecine réactive à une démarche proactive de santé, d’une logique de réparation fragmentée à une gestion intégrée de l’ensemble du cycle de vie, ainsi que d’un modèle biomédical à un modèle socio-écologique.
Qiu Renfu, doyen de la Faculté de marxisme de l’Université de médecine traditionnelle chinoise de Beijing, souligne que la voie du développement du système de santé aux caractéristiques chinoises est profondément ancrée dans les réalités fondamentales du pays, notamment l’ampleur de sa population et les fortes disparités entre les zones urbaines et rurales ainsi qu’entre les régions. Selon lui, la mise en œuvre d’une stratégie de développement accordant la priorité à la santé favorisera l’exploration de pratiques de gouvernance adaptées à un pays doté d’une population exceptionnellement nombreuse.
Gouvernance collaborative multipartite
L’édification d’une « Chine saine » constitue une entreprise complexe et systématique qui concerne l’ensemble de la population, couvre l’intégralité du cycle de vie et mobilise l’ensemble des secteurs de l’action publique. Le Programme souligne explicitement la nécessité de « renforcer la gouvernance sociale fondée sur la responsabilité partagée, la coordination entre médecine curative et prévention, ainsi que l’intégration des soins médicaux et de la prévention sanitaire ».
« L’édification d’une "Chine saine" exige la participation de chacun, une coordination des différents acteurs et la mobilisation de l’ensemble de la société », estime Qiu Renfu, qui appelle à renforcer la coordination entre les services médicaux, l’assurance maladie et le secteur pharmaceutique, tout en approfondissant la réforme du système de santé selon une logique guidée par l’intérêt public. Il plaide également pour l’adoption accélérée de modes de vie plus sains, la création d’environnements écologiques favorables à la santé et la promotion de modèles de développement économique et social à même de préserver le bien-être sanitaire, afin de favoriser un développement harmonieux et mutuellement bénéfique entre santé, économie et société.
Cai Liqiang, doyen exécutif de l’École de gouvernement de l’Université de l’Académie des Sciences sociales de Chine, estime que la gouvernance sociale partagée suppose que tous les acteurs assument pleinement leurs responsabilités et mettent en valeur leurs atouts, complémentaires de ceux des autres. Selon lui, le gouvernement doit jouer un rôle moteur en matière de planification, d’allocation des ressources et de régulation du marché, afin de consolider le socle des services de santé publique essentiels. Les institutions spécialisées sont appelées à fournir un appui technique et des services de qualité pour répondre aux besoins de santé, de plus en plus diversifiés et stratifiés, de la population. Les organisations sociales doivent, quant à elles, offrir des plateformes d’échange et d’orientation favorisant l’adoption de comportements bénéfiques à la santé. Les acteurs du marché sont invités à compléter l’offre par des services différenciés, afin de stimuler le dynamisme de l’industrie de la santé. Enfin, les citoyens, considérés comme les premiers responsables de leur propre santé, sont appelés à adopter activement des modes de vie sains.
Concilier l’universalité et le ciblage dans le domaine de la santé demeure un enjeu essentiel à la réalisation de l’équité sanitaire. Selon Guan Xinping, il convient de renforcer l’élaboration de normes harmonisées et standardisées en matière de services de santé publique de base, afin de garantir à chaque citoyen des services équitables et accessibles. Parallèlement, il appelle à conforter l’offre de ressources médicales de qualité et à optimiser leur répartition territoriale, afin de permettre à un plus grand nombre de personnes d’accéder, à proximité de leur lieu de vie, à des soins de qualité.
Le Programme préconise de « promouvoir la numérisation de la santé publique » afin d’améliorer l’efficacité de la gouvernance sanitaire grâce aux technologies numériques. Wang Zhen souligne qu’il sera essentiel de réduire la fracture numérique pour que les bénéfices numériques profitent à l’ensemble de la population, en particulier aux groupes vulnérables tels que les personnes âgées. Il recommande, à cet égard, de simplifier les modalités d’accès aux services et d’en abaisser les barrières, tout en maintenant certains dispositifs en présentiel afin que nul ne soit laissé de côté.
La communauté des sciences humaines et sociales a une responsabilité essentielle : fournir un soutien théorique, des orientations pratiques et contribuer à la formation d’un consensus autour de la voie de développement du système de santé aux caractéristiques chinoises. Plusieurs experts interrogés s’accordent à reconnaître que les chercheurs en sciences sociales doivent approfondir les travaux empiriques sur les enjeux clés de la mise en œuvre des politiques publiques, notamment les mécanismes de coordination multipartite, les disparités territoriales en matière de gouvernance sanitaire et l’effectivité des politiques. De telles recherches contribueraient à identifier des expériences transposables et à formuler des réponses pratiques en vue de résoudre les conflits d’intérêts tout en améliorant l’efficacité de la gouvernance.