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L'édition académique chinoise prend le virage de l'international
Source : Chinese Social Sciences Today 2026-08-17


À la 32ᵉ Foire internationale du livre de Pékin, des lecteurs étrangers feuillettent les éditions en langues étrangères d’ouvrages consacrés à la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère. Photo : Duan Danjie / CSST

La 32ᵉ Foire internationale du livre de Pékin (BIBF), qui s’est tenue du 17 au 21 juin au Centre national des conventions de Chine, a réuni des éditeurs, des universitaires et des responsables de droits d’auteur venus de nombreux pays et régions du monde. Derrière l’enchaînement des lancements de nouveaux ouvrages, des accords stratégiques et des dialogues académiques, une transformation plus profonde est déjà à l’œuvre : après avoir longtemps compté sur « des navires empruntés pour prendre le large », l’édition académique chinoise entre dans une nouvelle phase, celle où elle « construit ses propres navires pour voguer à la conquête des marchés internationaux ».

La diffusion internationale du système autonome de connaissances de la Chine

Selon Ma Rujun, secrétaire du comité du Parti et directeur des Éditions en langues étrangères, ces dernières années ont vu l’émergence d’un nombre croissant de publications thématiques multilingues, offrant une solide plateforme pour diffuser à l’étranger les grands récits de la pensée chinoise. Parmi ces ouvrages figurent notamment les collections  Études sur la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, Études sur le rêve chinois et la voie de développement de la Chine, Comprendre la Chine, ainsi que La Bibliothèque de la renaissance et La lutte contre la pauvreté en Chine sous la direction de Xi Jinping. Ces ouvrages suscitent un intérêt croissant et durable auprès des lecteurs étrangers.

Au-delà des publications thématiques, l’édition chinoise en philosophie et en sciences sociales progresse elle aussi à l’international. Selon le Rapport 2026 sur l’influence des livres chinois dans les collections des bibliothèques à l’étranger, publié le jour de l’ouverture de la BIBF, le nombre de titres en langue chinoise intégrés à titre permanent aux collections des bibliothèques étrangères en 2025 a augmenté de près d’un millier par rapport à 2024. Les 30 premiers éditeurs, qui représentent à eux seuls environ 90 % de cette hausse, sont pour la plupart spécialisés dans les sciences humaines et sociales, domaine qui constitue depuis longtemps le principal atout de l’édition chinoise sur le marché international du livre.

Lors de cette édition de la Foire, Chinese Social Sciences Today (CSST) a pu constater, au fil de ses échanges, qu’avec les efforts déployés par la Chine pour construire un système autonome de connaissances dans le domaine de la philosophie et des sciences sociales, la recherche s’élargit. D’abord centrée sur l’étude générale de l’histoire de la Chine, la recherche s’étend désormais à l’histoire spécialisée, à l’histoire régionale et à l’histoire nationale, ainsi qu’à l’histoire des échanges culturels. Parallèlement, les ouvrages de culture générale en sciences humaines, à la fois approfondis et accessibles, constituent un nouveau moteur de croissance pour l’édition académique chinoise à l’international.

Gu Qing, secrétaire du comité du Parti et directeur exécutif des Presses commerciales, souligne que, durant la période du XVe Plan quinquennal (2026-2030), le rayonnement international de l’édition académique chinoise ne saurait se réduire à une simple démarche technique consistant à « aller à l’international ». Selon lui, l’enjeu fondamental réside dans la construction d’un système autonome de connaissances propre à la Chine, afin de donner à la culture et à la pensée chinoises une influence réelle et durable au sein de la communauté internationale.

« L’édition académique incarne le plus haut niveau de réalisation intellectuelle et culturelle d’un pays », déclare Yin Tao, rédacteur en chef des Éditions Zhonghua, dans un entretien accordé à notre journal. Il ajoute qu’une traduction et une présentation éditoriale de qualité des travaux académiques peuvent contribuer à faire connaître la recherche chinoise à un public international plus large et à offrir une image à la fois authentique, riche et approfondie de la pensée académique chinoise.

De nouveaux modèles de coopération internationale

La conférence organisée par la Maison d’édition des sciences sociales de Chine (CSSP) lors de la Foire, consacrée à la présentation des résultats de traduction en langues étrangères du « système autonome de connaissances propre à la Chine », a suscité un vif intérêt dans les milieux universitaire et éditorial. Myriam Poort, vice-présidente en charge des ouvrages de sciences humaines chez Springer Nature, a indiqué que le groupe s’appuiera sur son réseau mondial de diffusion pour mieux faire connaître aux chercheurs étrangers les travaux académiques chinois de premier plan dans des domaines tels que l’archéologie et l’histoire. Il s’agit ainsi de favoriser la lecture, la discussion et la citation de ces travaux, et de renforcer, par les échanges de connaissances, la compréhension mutuelle entre les différentes civilisations.

Agnès Belotel-Grenié, rédactrice en chef des ouvrages en langue française du groupe canadien Royal Collins Publishing, a quant à elle évoqué les difficultés inhérentes au processus de traduction. Afin de restituer avec précision des notions culturelles propres à la Chine, telles que lizhi (« système des rites ») ou tianxia (« tout sous un même ciel »), les experts chinois et français ont multiplié les discussions et les relectures, allant parfois jusqu’à débattre plusieurs heures du choix de la traduction d’un ou deux termes.

Cette scène illustre l’évolution des modes de coopération internationale dans l’édition académique chinoise. Ji Weimin, secrétaire du comité du Parti et directeur général de CSSP, résume ce nouveau modèle en deux mots : « contenu + canaux de diffusion ». La partie chinoise fournit des contenus académiques de qualité, soumis à une évaluation rigoureuse par les pairs, tandis que ses partenaires étrangers apportent leur savoir-faire en matière de promotion et leurs réseaux internationaux de distribution, déjà bien établis.

« Ce modèle de coopération a fait ses preuves comme moyen efficace pour faire rayonner la culture chinoise à l’international », déclare Li Yanling, directrice de la division des publications internationales des Éditions académiques en sciences sociales (SSAP), dans un entretien accordé à notre journal. SSAP a établi des partenariats stratégiques durables avec plus d’une centaine de maisons d’édition et de plateformes de recherche académique de renom à l’étranger. Ce vaste réseau couvre non seulement les milieux universitaires d’Europe et d’Amérique du Nord, mais s’étend également à l’Asie, à l’Afrique et à l’Amérique latine.

Gu Qing ajoute que les Presses commerciales a noué des partenariats stratégiques avec de grandes maisons d’édition internationales, notamment les Presses universitaires d’Oxford, les Presses universitaires de Cambridge et Taylor & Francis, afin de faire connaître les travaux académiques chinois de premier plan aux lecteurs du monde entier.

De « l’ouverture à l’international » à « l’intégration dans le discours mondial »

À l’ère du numérique, l’édition numérique est devenue un vecteur incontournable de la diffusion de la recherche académique chinoise à l’international. Des bases de données telles que la Bibliothèque des sciences sociales de Chine, développée par CSSP, et la Base de données des classiques chinois, par les Éditions Zhonghua, contribuent à faire émerger des marques chinoises dans le domaine des humanités numériques, conjuguant caractéristiques chinois, ouverture internationale et influence académique croissante. Dès lors qu’une bibliothèque universitaire étrangère s’abonne à ces bases de données, ses enseignants et ses étudiants peuvent consulter et citer instantanément aussi bien les travaux de référence consacrés aux textes classiques chinois que les ouvrages académiques récents.

Ji Weimin préconise que l’édition chinoise mette en place un modèle de diffusion internationale ciblée, fondé sur les données, tout en participant activement à l’élaboration de normes internationales, voire en contribuant à leur définition. Il souligne que c’est seulement à cette condition que l’édition chinoise pourra passer d’une simple démarche d’ouverture à l’international à une véritable implantation à l’étranger et à une intégration dans le discours mondial, renforçant ainsi le rayonnement international de la culture et de la recherche académique chinoises.

Yin Tao propose de publier simultanément les éditions chinoise et anglaise des ouvrages académiques, et de mettre en place des mécanismes de coédition sino-étrangère ainsi qu’un dispositif de double direction éditoriale. Plus important encore, souligne-t-il, les maisons d’édition doivent abandonner une approche centrée sur le livre papier au profit d’un mode de diffusion fondé sur les graphes de connaissances, afin de renforcer, grâce à un système de connaissances fondé sur les données, le rayonnement mondial des théories et de la culture chinoises.

Gu Qing appelle les universitaires chinois et les maisons d’édition chinoises à participer plus activement aux grandes questions qui animent le débat académique international, à s’appuyer sur les systèmes éditoriaux étrangers bien établis pour favoriser les opérations locales et la diffusion efficace, et à améliorer de façon globale tant la qualité scientifique des ouvrages originaux que celle de leurs traductions en langues étrangères. Selon lui, ces efforts contribueront à lever les barrières culturelles qui continuent de freiner la diffusion internationale de la recherche académique chinoise. 
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