ZHANG Zhuoyuan : le développement économique craint moins une croissance faible que les tergiversations
2014-02-25 14:51:00
NSSC
DENG Zhimei

  Titre originel : le développement économique craint moins une croissance faible que les tergiversations —— Interview de Monsieur ZHANG Zhuoyuan, académicien de l’ASSC

  Monsieur ZHANG Zhuoyuan, académicien de l’Académie des Sciences sociales de Chine (ASSC), a récemment reçu une journaliste de Presse des Sciences sociales en Chine à l’Institut d’Économie de l’ASSC, situé sur l’avenue Yuetan Beixiaojie à Beijing.

  Monsieur ZHANG Zhuoyuan a obtenu le 17 décembre 2013, pour sa deuxième édition, le Prix WU Yuzhang d'excellence à vie en sciences sociales et humaines. Chercheur toujours important dans le domaine des études économiques en Chine, il peut être considéré comme pionnier par le courage démontré à réformer et rectifier la tradition heuristique. Il s’est notamment employé à optimiser les cadres méthodologiques de l’économie socialiste de marché dans les domaines de la réforme des prix, du contrôle et de la régulation macro-économiques et également de la réforme des entreprises d’État. Reconnu comme « modéré » au sein des think tanks qui se penchent sur la réforme en Chine, il a participé plusieurs fois à la rédaction de fascicules importants pour le Comité central du PCC et a su apporter de précieuses recommandations à la « feuille de route » de la réforme nationale.

  Toujours sémillant et éloquent à 80 ans passés, Monsieur ZHANG Zhuoyuan est revenu sur son parcours académique, ses réflexions sur la réforme et ses espoirs pour l’avenir.

  Tout chercheur doit s’évertuer au long de sa carrière à asseoir l’objectivité et la véracité.

  Journaliste : Tout au long de vos recherches de plus de 60 ans, vos travaux ont bénéficié d’une large reconnaissance.  Laquelle de vos contributions vous semble néanmoins la plus importante ?

  ZHANG Zhuoyuan : Selon moi, il s’agit du concept de « réforme dans la stabilité ». À travers le processus historique de réforme et d’ouverture de la Chine, la notion de « progrès contigu à la stabilité » s’appréhende aussi bien comme fer de lance de la réforme que comme garant d’un développement économique continu. À l’aube des politiques de réforme et d’ouverture, l’armature économique chinoise souffrait de nombreux handicaps structurels. Les objectifs de transformation rapide et précise de notre économie étaient susceptibles d’échouer en raison de l’intensité d’une réforme qui s’apparentait à une « thérapie de choc ». Une digue de « stabilité » devait pouvoir assurer une réalisation effective des objectifs de réforme. Ce modèle préventif peut être décliné en matière de développement économique. La prudence doit être ainsi de mise dans l’application des politiques macroéconomiques afin d’éviter tout recours à l’inflation ou à d’autres expédients comme stimuline de la croissance économique. Poursuivre obstinément une croissance économique à deux chiffres comporte un risque de « séquelles ». Ce constat ne peut être ignoré.

  Journaliste : Comment êtes-vous venu à formuler ce concept de « réforme dans la stabilité » ?

  ZHANG Zhuoyuan : Je pense que mon expérience personnelle y a joué. Je suis né avant la fondation de la République populaire de Chine, et adolescent, j’ai été témoin de la grave inflation provoquée par la distribution des Jinyuanquans, les billets émis en 1948 par le gouvernement du Kuomintang. Cet échec des politiques économiques a conduit dans une large mesure au discrédit politique, à la perte du soutien populaire et à l’agitation sociale. Plus tard, lors de mes études d’économie, je fus instruit que nombreux sont les économistes qui dans le monde estiment que la stabilité économique a priorité sur la croissance économique et que tout développement économique concret et efficace se mesure sur le long terme. Encore plus tard, par l’étude des modes de développement que notre pays a adoptés par le passé, j’ai constaté que le développement économique craint moins une croissance faible que les tergiversations. La stabilité économique est au fondement de la stabilité sociale. Les économistes, en réfléchissant aux problèmes économiques,  feraient bien de tenir compte des capacités sociales de supporter. Cette idée centrale est indispensable à une recherche économique pertinente.

  Journaliste : Vous avez continuellement mis en avant à partir des années 60 des perspectives méthodologiques et des recommandations politiques qui ont confronté les partis pris et les perceptions économiques figées. À l’époque, vous avez personnellement subi des pressions et des critiques assez vives, mais vous avez toujours encouragé la jeune génération à se faire remarquer par son originalité et à s’exprimer. Votre courage, d’où vient-il ?

  ZHANG Zhuoyuan : J’ai pu le faire en grande partie grâce à l’influence de mon professeur SUN Yefang. Monsieur SUN Yefang était un homme intègre qui s’est engagé pour ce qu’il tenait pour vrai et correct. Avant la révolution culturelle, en dépit des graves risques d’anathème qui pesaient sur lui, il a continuellement soumis au Comité central du PCC des pistes de réforme. Inspiré profondément par ses enseignements, je pensais que les chercheurs ont le devoir et l’intégrité morale de défendre la vérité. C’est pourquoi, bien que les autorités aient déjà condamné « la théorie des prix de la production » comme révisionniste, je me suis aventuré à publier conjointement avec HE Jianzhang un article intitulé Le prix de la production dans l’économie socialiste. J’ai dû cependant accepter quelques inévitables compromis en publiant cet article sous le pseudonyme de ZHANG Ling (sourire).

  Réforme : rendre au marché ce qui devrait être géré par le marché

  Journaliste : Vous avez participé à la rédaction de la Décision du Comité central du PCC sur d’importantes questions relatives à l’approfondissement global de la réforme (ci-après dénommée la « Décision »), adoptée lors de la 3e session plénière du XVIIIe Comité central du PCC. La Décision indique que « le marché doit occuper une position déterminante dans la répartition des ressources ». Cette formulation a fait de vastes répercussions. Que pensez-vous de ça ?

  ZHANG Zhuoyuan : Pour que le marché puisse occuper une position déterminante dans la répartition des ressources, le plus important est la conversion des fonctions gouvernementales et la rationalisation des rapports entre le gouvernement et le marché. Actuellement, notre gouvernement intervient par trop au sein des activités microéconomiques. Cette main mise est inopportune tandis qu’une autre main, elle, se révèle à contrario trop effacée et insignifiante dans le domaine des services publics et de l’administration sociale. Autant le gouvernement se retrouve en position de hors-jeu sur le premier champ d’intervention qu’il brille par son absence sur le second. Aussi, selon les orientations préconisées par la réforme, les secteurs, dans lesquels le marché peut exercer une force autonome de régularisation, devraient relever des attributs du marché alors que les secteurs dont la régularisation par le marché est inopérante devraient être administrés par le gouvernement. De plus, il faut améliorer et perfectionner le système de marché actuel. Le marché joue véritablement son rôle dans la répartition des ressources uniquement dans une conjoncture où advient la mise en place d’un système de marché unifié, ouvert, juste et concurrentiel et où l’authenticité des prix est préservée comme signe principal de balisage à la répartition des ressources. En outre, il faut attacher une grande importance à la stimulation de la vitalité et de la créativité du secteur non public. Non seulement les contributions du secteur non public sont importantes particulièrement pour le développement économique, les recettes fiscales et la création d’emplois, mais son développement est également bénéfique à une meilleure répartition des ressources limitées. 

  Journaliste : La volonté inscrite dans la Décision de développer de manière résolue une économie de propriété mixte a suscité de grandes attentions. Quelle est votre interprétation ?

  ZHANG Zhuoyuan : La proposition de développer une économie de propriété mixte (économie caractérisée par la participation et la fusion réciproques du capital d’État, du capital collectif et du capital non public) manifeste le souhait d’approfondir la réforme des entreprises publiques et le réajustement stratégique du capital d’État. Il s’agit à la fois de drainer le capital non public vers la réforme et la réorganisation des entreprises d’État et de lui accorder une équité qui lui a été niée dans la mise en concurrence avec les autres types de capitaux. Le développement d’une économie de propriété mixte, vise également à accentuer les attributions portées au capital d’État, à le revaloriser en renforçant sa compétitivité. De plus, de manière concomitante, ce processus permet aux capitaux des divers systèmes de propriété de s’associer et de se consolider. Les facteurs de production pourront être communément et équitablement partagés, de même que les profits, ce qui bénéficiera mutuellement aux capitaux d’État et privés. Considérant l’approfondissement du développement économique et l’intensification de la réforme, il est possible de prédire que grâce à l’économie de propriété mixte, la gestion autonome et une gouvernance régulatrice connaîtront des progrès importants, et que cette économie évoluera comme branche majeure de l’économie socialiste de marché.

  Avenir : inventaire historique du développement économique en Chine

  Journaliste : Depuis les années 1960, vous êtes engagé dans l’exploration des différentes voies de développement économique qui s’offrent à la Chine. Selon votre analyse, quand allons-nous parvenir à modeler un système économique pleinement inspiré et empreint du socialisme à la chinoise ? 

  ZHANG Zhuoyuan : Le système économique animé par le socialisme à la chinoise demeure un processus de pratique et d’enrichissement continus. La prospective théorique doit être examinée à l’aulne de la pratique pour déterminer sa pertinence. Le système économique animé par le socialisme à la chinoise ne pourra se concrétiser que lors de la réalisation du rêve chinois, c’est-à-dire lors du grand renouveau de la nation chinoise. 

  Journaliste : vous venez d’obtenir le Prix WU Yuzhang comme couronnement de l’ensemble de vos travaux de recherche en sciences sociales, mais on peut supposer que vous n’allez pas en rester là. Quels sont vos futurs projets de recherche ?

  ZHANG Zhuoyuan : À mon âge, je suis incapable de faire de la recherche systématique. Je vais continuer à mettre l’accent sur les politiques macroéconomiques et les questions de réforme économique. De plus, depuis 1955, travaillant pour la Maison d’édition Economic research journal, j’ai l’opportunité de relativement bien discerner les arguments de mes confrères et de percevoir les dynamiques d’avant-garde et de régénération scientifique des études économiques en Chine. Je souhaite donc compiler mes recherches par la rédaction de deux recueils qui sont 60 ans d’économie en Chine et Histoire de l’économie en Chine nouvelle, tout en continuant à me concentrer sur l’analyse historique du développement économique chinois.

 

Source de la version chinoise :

http://www.csstoday.net/xueshuzixun/guoneixinwen/87111.html

  

  

  

  

  

  

 

Traduit par Yao Xiaodan

 

 

Edité par  Yao Xiaodan
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